Charlotte Durand-Raucher est metteur en scène

Ce qui m’a fasciné dès la première lecture, c’est le mélange entre sa poésie et sa brutalité. Cette pièce est construite comme un conte, mais un conte violent de banlieue. C’est une légende de banlieue en sept tableaux.

Charlotte Durand-Raucher

Portrait de Charlotte Durand-Raucher

Charlotte fait ses premiers pas sur scène dès l’âge de 6 ans en tant que danseuse classique ; elle est acceptée au conservatoire de danse. A l’âge de 21 ans, Charlotte décide de quitter Toulouse pour sa deuxième passion et suivre des cours d’art dramatique, d’abord chez Jean Périmony puis au cours Le Foyer.

En parallèle, elle incarne plusieurs rôles classiques notamment le rôle de Zerbinette dans les Fourberies de Scapin de Molière. Charlotte est également Eriphile dans Iphigénie de Jean Racine. Elle est Élise dans l’Avare de Molière sous la direction de Frédérique Lazarini, pendant plus de 100 représentations au Théâtre 14 et à l’Artistic Théâtre.

Également avide du jeu face à la caméra, elle tourne dans divers courts métrages.

Passionnée par toutes les formes d’arts, Charlotte est membre de l’association l’Art Koaching Santé avec laquelle elle intervient à dans des maisons de santé.

Charlotte s’intéresse aussi à la mise en scène, qu’elle expérimente pour la première fois avec Liliom de Ferenc Molnár.

Note d’intention de mise en scène

Ce qui m’a fascinée dès ma première lecture de cette pièce c’est le mélange entre sa poésie et sa brutalité. Cette pièce est construite comme un conte, mais un conte violent de banlieue. C’est une Légende de banlieue en sept tableaux.

Mon souhait est de faire ressortir cet aspect onirique mais aussi d’explorer les sentiments violents, la brutalité des personnages. La pièce possède un caractère brut, direct, primitif et tout cela dans une atmosphère de fête foraine où tout est rêverie, musique, joie. Cette pièce m’a aussi beaucoup interpellée par sa drôlerie dans le tragique.

La scénographie est très sobre : elle se compose d’un mobilier rudimentaire qui représente le milieu social des personnages. J’aime l’idée que le décor soit entièrement construit avec de la récupération. Cela symbolise non seulement l’environnement des personnages, mais aussi, d’une manière imagée, celui de la compagnie qui débute… Tout est lié.
Quant aux guirlandes lumineuses, elles marquent l’univers onirique de la pièce, la rêverie, le « beau dans le laid ».

Cette pièce nous amène au delà du naturel et du réalisme notamment pendant ce passage de Liliom devant les « détectives de dieu » et le Secrétaire. C’est ce qui m’a donné envie de donner au personnage du
Secrétaire un rôle de première importance : il est le conteur de la pièce, la petite voix intérieure des personnages à l’instar du coq troubadour qui narre l’histoire du renard Robin des Bois. D’ailleurs, tout comme le coq de Robin des Bois, le Secrétaire a son instrument : le Ukulélé. Il suit les personnages tout au long de la pièce et « communie » avec eux à travers des morceaux de Ukulélé et de rap.

Ferenc Molnar l’annonce : « en ce qui concerne les figures symboliques, les personnages surnaturels qui apparaissent dans la pièce, je ne voulais pas leur attribuer plus de signification qu’un modeste vagabond ne leur en donne quand il pense à eux »-. C’est pourquoi je souhaite que le Secrétaire ait un caractère rude notamment dans ses interventions auprès des différents personnages.
Physiquement il pourrait être un autre Liliom, et les morceaux de rap qu’il interprète pour communier avec les personnages sont bruts, violents.
Dans ma mise en scène le Secrétaire est accompagné par son équipe, les détectives, qui l’aident à orchestrer tout son récit. Il incarne une sorte marionnettiste de la pièce, les détectives représentant les fils et les personnages les marionnettes.

Par ailleurs, la pièce dépeint une tragédie du langage. En effet, les personnages sont prisonniers de leur incapacité à dire les choses et leur honte à mettre des mots sur leurs sentiments.
C’est un des aspects de la pièce qui m’a donné envie de la redécouvrir sous un angle moderne. Sans tomber dans le passéisme, il me semble que le langage subit une mutation ces dernières années et que la communication, en dépit des nouvelles technologies pour la faciliter, se révèle de plus en plus épineuse.
Les personnages de Liliom subissent leur mal parler, leur manque de mot, à l’image de certains, aujourd’hui, qui ne parviennent plus à communiquer. Ils n’en n’ont plus les moyens. Ils subissent.

Qui plus est, la pièce dépeint une atmosphère emprunte d’antisémitisme. Ce qui n’est pas sans rappeler le climat sociétal actuel de l’Europe. En Hongrie, pays natal de l’auteur, la droite et l’extrême droite totalisent aujourd’hui environ deux tiers des voix et contrôlent tous les médias. Cas plus signifiant encore, l’Autriche : de plus en plus d’incidents antisémites ont lieu et depuis peu le pays est sous la tutelle d’un gouvernement alliant les conservateurs et le parti d’extrême droite FPÖ.

Enfin, je laisserai le mot de la fin aux traducteurs de la pièce Kristina Rady, Alexis Moati et Stratis Vouyoucas :
Les métropoles d’aujourd’hui ont toutes leur Liliom, que ce soit la foire de
Berlin, à Saint-Ouen, au Prater de Vienne ou à Conay Island ».

PHOTOS

2018-03-01T15:12:04+00:00